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Claudine Vuillermet / Atelier d’écriture avec des aphasiques

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/ Atelier d’écriture avec des aphasiques /
  Claudine Vuillermet

 
  • public : personnes aphasiques.
  • nom de la structure invitante : GAIF
    (groupe des aphasiques d’Île de France)
  • ville : Paris (17e)
  • nombre de personnes : 8
  • date : une fois par mois depuis octobre 2014
  • durée d’un atelier : 1h30

 Claudine Vuillermet Actions Adherents

 
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J'ai écrit un texte, La parole maternelle (non publié), ce texte, qui met en scène une famille dont le père est aphasique, a pour point de départ mon vécu personnel. Lors d’une lecture de ce texte, j’ai contacté une association d'aphasiques. Ils sont venus nombreux. Je suis restée en relation avec eux. Actuellement, j'anime un atelier d'écriture une fois par mois pour cette association.


 

Difficultés rencontrées par les aphasiques

L'aphasie est un trouble du langage suite à une lésion cérébrale pouvant entraîner des difficultés pour parler, lire, écrire, et comprendre.

Les personnes qui suivent l'atelier d'écriture ont déjà récupéré certaines de leurs facultés grâce à un suivi en orthophonie, mais chacun a un rapport différent à l'acte d'écrire, car ils n'ont pas tous eu le même degré de handicap et n'en sont pas au même moment de leur rééducation.

L’atelier ne s’inscrit pas dans leur parcours de rééducation, ces personnes y viennent par volonté personnelle. Pour certains, lire une oeuvre littéraire demande un effort laborieux, cependant, dans la lignée des ateliers Elisabeth Bing, pionnière des ateliers d'écriture en France, je conserve le parti pris littéraire. Je pars du postulat que l’artiste porte un regard particulier sur le monde. Je les incite à développer ce regard.

Le déroulement de l'atelier

Le temps d'écriture est assez court car ce sont des personnes très fatigables. Au cours de l'atelier, il y a donc tout d'abord un temps pour mettre les participants en situation d'éveil de leurs souvenirs et ou de leurs sensations. Un poème, un court texte littéraire, une chanson, une photo peuvent en être le moteur. Puis vient le temps d'écrire et enfin chacun lit son texte. Durant ce moment de lecture j'ai noté une très grande écoute de la part de chaque participant.

Pour aider au passage à l’acte d’écriture, je peux m’appuyer sur des contraintes de forme. Pour aider à retravailler le texte produit, je m’appuie sur leur capacité d’écoute qui les incite à reformuler certaines phrases ou prolonger leur texte.

Tous les deux ans, l'association organise une présentation publique des ateliers. Cette présentation a lieu sur la scène de l'espace Sorano à Vincennes. En juin 2016, les participants à l'atelier d'écriture ont donc lu  des textes produits au cours de l'année.

 

Fleche SuivantPour aller plus loin :
écouter l'émission « Contourner les maux de l’aphasie » sur France Culture / "Allô Docteur" sur France 5

Claudine Vuillermet Actions Adherents2

/ La parole maternelle / extrait / séquence 5

 

Le jour où elle était au Champs de Mars avec le père,

À cette époque où elle avait un peu grandi et où le père commençait à reparler, ce jour là, donc, il faisait très chaud. Et lorsque le manège s’est immobilisé, le père l’a attrapée dans ses bras et l’a déposée au sol.

Puis il a dit : /j’ai soif. /

 

L’enfant a senti la main qui serrait fort.

Ils ont commencé à marcher,

Puis le père a parlé à nouveau : /On va boire/, il a dit.

 

Ils ont marché jusqu’à l’avenue de Suffren. Le père s’est dirigé vers une terrasse de café. Il a lâché la main. Il s’est assis. L’enfant s’est aussitôt hissée sur la chaise située en face du père.

 

Il faisait beau. Le ciel était bleu.

La terrasse où ils s’étaient installés était ombragée. Le garçon est arrivé.

 

Vous désirez ? /Ah ! /

Le son qui sort de la bouche du père.

Un son.Un seul. Et la bouche qui se fige.

 

Et l’enfant qui sent sa poitrine se serrer.

Elle regarde les yeux du père. Elle sent la présence de l’homme.

Le garçon de café. Il attend. La réponse. Le garçon, il attend la réponse.

 

Mais la réponse ne vient pas.

L’enfant sait que la réponse ne viendra pas.

 

Elle sait

Que si la réponse n’est pas venue tout de suite, elle ne viendra plus.

Depuis que le père a recommencé à parler… Enfin, depuis qu’il se rééduque

Et arrive à articuler quelques mots, elle sait que…Après le /Ah/. Jeté, tombé…

Il n’y a rien. Il n’y a plus que ce rien. Ce vide. Ce silence. Et le visage pour dire.

 

Elle regarde son père.

Elle regarde ses yeux. Sa bouche.

La bouche s’ouvre à nouveau : /Ah ! Dit !/

 

Une bière et une limonade, s’il vous plait.

 

Voilà. Elle a dit.

Elle a dit et elle sent son corps qui s’est mis à trembler.

 

 

 

 

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