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Didier Gauroy / C'est la faute à Voltaire

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/ C'est la faute à Voltaire /

 
  • public : adolescents de 15 à 20 ans, sous contrainte judiciaire, placés en Centre éducatif fermé (CEF), désocialisés et en rupture scolaire. Le CEF est une alternative à la prison en vue de favoriser la réinsertion. Les adolescents y sont placés pour une durée de 6 à 12 mois.
  • nom de la structure invitante : Centre Educatif Fermé de l'Aube
  • ville : Lusigny-sur-Barse (10)
  • nombre de personnes : 15
  • date : de septembre 2015 à mars 2016
    (reconduit en 2016-2017)
  • durée d’un atelier : 3h

 

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Avec cet atelier, ce n’était pas gagné car j’ai dû parer deux difficultés majeures : tisser un lien dans un délai relativement court avec un public difficile, et définir un terrain de coopération avec une équipe d’encadrement d’emblée méfiante.

Avec les arrivées et les départs inhérents au fonctionnement (très contraignant) du centre éducatif fermé, quinze jeunes ont pris part à ce projet, avec une implication différente selon leur personnalité, leur niveau scolaire, leur culture et leurs centres d'intérêt.

Le rejet, la méfiance envers une société dont ils se sentent exclus et les fugues sont le lot commun de ces personnalités, ce qui rend leur suivi aléatoire (vingt-quatre adultes encadrent douze jeunes). Sur ce terreau est né le projet « C’est la faute à Voltaire ».

 

Projet « C’est la faute à Voltaire »

« C’est la faute à Voltaire » est fondé sur cette œuvre toujours aussi actuelle de Voltaire : Traité sur la tolérance. Dès les premières minutes de la première séance, le Traité sur la tolérance en mains, j’ai demandé qui voulait bien lire la quatrième de couverture. V. s’est immédiatement porté volontaire, et s’est avéré plus tard être le leader du groupe. Une aubaine pour entraîner les autres…

J'ai choisi dans un second temps un texte de Racine pour son alexandrin, fort adapté pour le scander et le rapper !, car Vincent avait pour ambition de faire du rap. Vincent a donc rappé le texte de Racine. Puis nous nous sommes attaqués au Marchand de Venisede Shakespeare et à de la poésie arménienne car l’un d’entre eux désirait écrire sur le génocide arménien.

Pour le travail d’écriture, j’ai voulu partir de leur enfermement, a contrario des éducateurs qui mettaient tout en œuvre pour le leur faire oublier. A l’inverse, je voulais les amener à réfléchir sur les notions de limites (physiques et éthiques), de culpabilité et au final, du vivre en société.

 

Une expérience humaine très forte

Étonnamment, ou peut-être à l’inverse, évidemment, c’est avec ces adolescents que je suis allé et qu’ils sont allés au-delà de ce que nous imaginions pouvoir faire. Ces jeunes, qui ont déjà un vécu d’adulte et à qui on a volé l’enfance, une fois passé le cap de la méfiance, se sont investis dans l’atelier avec une réelle intelligence des textes. J’ai pu entendre des éducateurs : « Ils ont tous changé. » Et le climat du centre éducatif s’en est trouvé apaisé, les conflits diminuant.

Effet ricochet : l'atelier a permis de démystifier le centre dont la mauvaise réputation courait jusqu’aux institutions les plus concernées. L’adjoint au maire, le procureur de la République, la direction régionale de la Protection judiciaire de la Jeunesse s’y sont intéressé, sont venus visiter le centre, un lien concret a été établi.

Enfin, le regard de chacun sur chacun s’en est trouvé modifié. L’atelier a mis entre les mains des éducateurs de nouveaux éléments d'appréciation sur chaque participant, avec pour point commun le ressenti d'une fierté personnelle somme toute légitime, résultat d'une implication réciproque.


 

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