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Régine Bruneau-Suhas "Il faut attendre"

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/ Il faut attendre /
Régine Bruneau-Suhas

 
  • action : ateliers de théâtre avec représentation
  • public : jeunes et adultes atteints de trisomie
  • nom des structures invitantes :  Compagnie La Joyeuse
  • lieu des tructures d'accueil : La Brède (33)
  • nombre de personnes : 14 participants dont 7 comédiens trisomiques, 5 parents, 2 comédiennes
  • date : de septembre 2014 à novembre 2015
  • durée des ateliers : 2h30 par semaine 
  • Représentations : les 3 juillet 2015 à 21h10 et 4 juillet à 21h40 dans le cadre du festival Scènes Buissonnières à Beautiran (33)

 

« Il faut attendre » est un projet de spectacle théâtral avec sept handicapés mentaux (trisomie) âgés de 20 ans à 50 ans, accompagnés de leurs parents volontaires au nombre de cinq et de deux comédiennes. Chacun forme un couple avec une grande marionnette, homme ou femme. L’objectif du travail en atelier doit aboutir à un spectacle présenté devant un tout public.

 

Regine Bruneau Suhas 600x

 

La pièce et le dispositif

La pièce est inspirée des deux premières pages de Les Aveugles de Maurice Maeterlinck.
La mise en scène reconstitue la vie commune d’un collectif qui aurait le droit à la différence, dans son corps, dans son être en scène et dans la vie, avec le souci d'éviter tout écueil de compassion ou de voyeurisme.
Il faut attendre est l’histoire de toute une famille qui se trouve réunie pour un moment de fête : le mariage de la comédienne Clémentine, jeune trisomique de 20 ans. La tension monte au fur et à mesure que le marié tarde à venir.
Les comédiens et marionnettes sont placés dans un no man’s land, assis tout autour d’un espace scénique semi-circulaire. Les spectateurs sont installés en réelle proximité avec eux. Au centre, une grande table couverte de vêtements dont on change la couleur en trois mouvements et un épilogue : blanc (couleur de rigueur pour un mariage), rouge (couleur de l’impatience et de la colère), noir (afin d’illustrer l’éventualité d’une situation de deuil si le marié n’arrive pas).

 

 

Une histoire construite
avec les participants

 

Au début du travail de répétitions, et jusqu’à la veille de la première représentation, l’issue de la pièce n’était pas déterminée : le marié allait-il venir ou pas ? « Clémentine , le personnage de la mariée, allait-elle vraiment se marier ce jour-là ou bien fallait-il annuler le mariage ? Que deviendrait alors la représentation théâtrale sans le mariage ? Quel sorte de jeu y aurait-il et que raconterait l’histoire ? Telles furent les questions soumises à tous les comédiens. Un vote eut lieu. Ce questionnement devint le leitmotiv de l’histoire et offrait plusieurs possibilités de jeu à la comédienne : la mariée portait un désir de jouer comme ceci si le marié restait absent, ou comme cela si tout à coup il arrivait.
Des prises de parole tournaient, parfois inquiètes parfois joyeuses,  autour du fait  que si le marié arrivait, évidemment ce serait un beau mariage théâtral. Ces différents scénarios ouvraient le débat, permettaient de se poser des questions et d’imaginer comment ce marié pourrait être et de chercher les causes de son retard. Et dans la vie de ces adultes en situation de handicap, comment cela se passait-il alors ?
C’était une occasion de partage entre tous, de vrais moments de convivialité. C’était aussi l’occasion d’expliquer à Clémentine que son mariage était faux, que c’était du jeu parce qu’on était sur une scène de théâtre.

 

Atelier Regine Bruneau-Suhas

 

Travailler la prise de parole,
le rapport au corps et l’image de soi

 

L’écriture de la pièce Il faut attendre s’est, dès les premiers mots, mise à la disposition des comédiens.  Nous avions à résoudre l’incapacité pour certains à répéter une phrase entière. La prise de parole n’était pas évidente et le moment de la prendre non plus. Il a donc fallu constituer des groupes de deux (un adulte en situation de handicap et un parent ou une comédienne) afin d’accompagner l’éventuelle difficulté à proférer un mot ou à se repérer dans l’espace.
Il fut entendu dès le début du projet qu’au nom de la liberté de chacun, il était possible de choisir ses mots ou ses courtes phrases, et que si les choix étaient les mêmes, ces mots et ces phrases pourraient être repris par un autre comédien, ce qui amena des  situations répétitives au niveau du texte ainsi que des situations de jeu qui tournaient en rond dans un cercle d’où il était impossible de sortir.
Ponctuellement, sur les trois mouvements et l’épilogue, un comédien déficient devait effectuer une prestation chantée. Trois volontaires se sont désignés. C’était loin d’être performant mais à cet endroit surgissait justement la question du droit à la différence et du don de soi : être « tel que je suis » avec mes faiblesses, mes handicaps, assumés et offerts à un public plutôt ému.
Ce fut pourtant trop dur pour l’un des parents qui quitta le projet en cours de répétition. Il préférait faire chanter son fils en playback plutôt que de le laisser lui-même chanter. L’atelier connut un moment de fragilité. Le désir de ce parent était de voir son enfant ailleurs que dans son handicap.

À chaque début de séance, nous commencions par danser (valse – tango – slow) pour créer un moment de prise de contact des corps, dans la joie, le plaisir, l’apaisement et la mise en confiance. Lors de chaque répétition, il fallait s'habiller de la couleur demandée  pour entrer dans le personnage ; il fallait aussi soigner son look (puisqu’on se rendait à un mariage) avec l’aide de son partenaire (parent ou comédienne.) Toute difficulté appartenait à l’être en scène. L’attention que les uns portaient aux autres ramenait le spectateur dans une prise de conscience de sa propre vie où tout paraît simple lorsqu’il n’y a pas de handicap : s’habiller – parler et se faire comprendre – montrer et partager son plaisir.
Il y eut aussi un travail très soutenu de concentration car le spectacle était ponctué de « temps morts » où il fallait attendre. Il s’agissait d’un temps silencieux où chacun donnait quelque chose de son être solitaire, non en représentation d’un regard parfois dur posé sur soi, celui de la société qui juge et qui compatit.

 

Le retour des spectateurs

 

Le public fut très attentif. Il y a eu pour certains, quelques gestes d’impatience lorsqu’on annonçait qu’il fallait « encore » attendre la venue du marié. D’autres adultes souffrant du même handicap ont beaucoup réagi, notamment quand ils eurent compris que le marié se trouvait sous la table. Nous avons eu des retours émouvants, chaleureux et beaucoup d’applaudissements. Les comédiens en situation de handicap ont dit : « Mais c’est pour nous ces applaudissements ? » Nous pensons avoir vécu un moment d’humanité comme ceux dont on a tant besoin dans notre monde d’aujourd’hui.

 

 

 

 

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