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Billet du mois - Décembre 2021

Comment je suis devenue (une autrice) féministe.

Ça s’est produit en plusieurs fois. Par couches successives. En réalité, je n’en finis pas de devenir féministe.

La première fois eut lieu pendant le confinement.

J’avais déjà des antécédents, des atomes crochus, des symptômes. Dans mon quotidien, je vis avec 3 hommes de respectivement 9, 16 et 50 ans. Ça prédispose.

J’ai vécu un certain nombre de premières fois pendant le confinement comme

  • Apprendre à me couper les cheveux seule.

  • Inventer une série de plats capables de durer au moins trois jours.

  • Me former à l’écriture radiophonique.

  • Et surtout… DECOUVRIR LES PODCASTS.

Un univers inconnu s’est soudainement offert à moi. Je me suis retrouvée propulsée dans la quatrième dimension.

Le podcast est un monde magique, mystérieux, infini. Une caverne d’Ali Baba. Un temple sonore peuplé d’une multitude de voix. Récits. Rêves. Secrets. Confidences. Témoignages. Histoires. Fictions. Monologues. Dialogues. Voix de femmes. Nombreuses. Une foultitude de femmes se livre dans les podcasts. Là, elles peuvent tout dire. Sans être interrompues. J’écoute ces voix. De fil en aiguille, je tombe sur Le cœur sur la table et Les couilles sur la table.  Deux podcasts féministes exceptionnels, inspirants, passionnants, créés par Victoire Tuaillon*.

Je me promène du cœur aux couilles et des couilles au cœur. Ne m’en lasse pas. Je visite revisite construis déconstruis fouille creuse arrache sème. M’interroge, questionne mes croyances, mes certitudes, plonge au cœur de mes propres contradictions.

En ressors résolument féministe.

La deuxième fois, c’était à Corbeil Essonnes, lors d’une intervention dans une classe de CM2.

J’évoque une de mes pièces. Comment Marie forte cuisse réussit à changer le cours de l’histoire (et elle-même par la même occasion) En résumé : Marie-forte cuisse n’a pas apprécié que son mari lui bouffe ses filles. Elle le quitte. Traverse la forêt. A votre avis que va-t-elle faire ?

Des mains se lèvent.

  • Heu… essayer de retrouver un nouveau mari ?

Je parle alors d’émancipation, de construction de soi, d’autonomie… J’en arrive à citer Shakespeare. Ils s’agitent, ont l’air de bien connaitre, m’indiquent le mur derrière moi. Je me retourne. Vois une foule de visages masculins, très dignes. Une bonne trentaine. Avec pour titre : « Les grands hommes de l’histoire » A tout hasard, je cherche les femmes. Je parviens à en trouver deux. Marie-Antoinette et Marie Curie.

Je me retourne vers les élèves, leur demande si rien ne les choque.

  • Non, rien, pourquoi ?

J’explique. Souligne la sous-représentation des modèles féminins. L’effacement des femmes dans l’histoire… J’en touche un mot à la maîtresse qui ne voit pas où est le problème, ce n’est tout de même pas à elle de réécrire l’Histoire, elle est déjà assez occupée.

Ce jour-là, je suis (encore) devenue féministe.

La troisième fois date de début Juillet.

Je reçois un mail du lycée de mon fils. « Lectures conseillées pour l’été. » Guillerette, je consulte la liste. Je n’en crois pas mes yeux. Si je m’étais trouvée dans un dessin animé, ma mâchoire se serait brusquement affaissée, mes yeux sortiraient de leur orbite, un nuage noir rempli d’insultes planerait au-dessus de ma tête en signe de profond mécontentement.

Sur 30 ouvrages conseillés, pas une seule femme. Même pas une toute petite, tapie dans un coin, entre deux. Rien. Nada. Niente. Nothing.

Mon sang ne fait qu’un tour, j’alerte les hautes autorités du collège, leur demande où sont les femmes. Les hautes autorités me répondent aimablement que c’est une bonne question qu’elles vont s’empresser de poser aux personnes concernées (les professeur.e.s de français)

Les personnes concernées n’ont pas trouvé les femmes, elles sont désolées.

Il faudrait mieux chercher, fouiller elles n’ont plus le temps, les vacances ont commencé.

Ce jour-là je suis devenue (encore plus) féministe.

Où sont les femmes ?

Cachées.

Derrière les grands hommes. Ça fait une bonne cachette. Plus ils sont grands, meilleure est la cachette.

« On les a cherchées. On ne les a pas trouvées. Alors on a mis les hommes. Il fallait bien qu’on mette quelque chose. 

Il fallait bien.

On aurait pu mieux chercher. Mais on n’a pas eu le temps. Il fallait qu’on parte en vacances. C’est déjà bien d’avoir une liste.

Et puis derrière chaque grand homme se cache une grande femme. Donc elles sont là aussi, en filigrane… »

Rudement pratique la femme filigrane. Elle ne prend pas de place, ne moufte pas et rééquilibre les quotas.

« Pour vivre heureux vivons cachés » préconise Jean-Pierre Florian. Puisque les femmes sont cachées - bien à l’abri derrière de GRANDS hommes - elles sont heureuses. Donc tout va bien ne commencez pas à nous enquiquiner, on a le monde à faire tourner ! »

Voilà comment je suis devenue une (autrice) féministe enquiquineuse.

PS : J’ai décidé de concocter une liste de lectures conseillées idéales. Vos idées sont les bienvenues.

*Victoire Tuaillon est une journaliste féministe très talentueuse, créatrice des deux podcasts sub-cités. Disponibles sur Binge Audio. A écouter de toute urgence…

Avertissement : Cet édito n’est bien évidemment pas une charge contre les professeur.e.s des écoles ou de français. Ces personnes ont toute mon admiration. Il s’agit plutôt d’un problème sociétal de fond…

 


Natalie Rafal, autrice et chargée de mission a la parité homme/femme et contre les discrimination sexistes des E.A.T

 

 

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