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Billet du mois - Janvier 2022

La trêve des confiseurs.

Le mot « trêve », dont l’usage dans notre belle langue est huit fois centenaire, désigne au sens propre un armistice militaire. La formule « la trêve des confiseurs » est apparue à la fin du XIXème siècle (1874) dans le vocabulaire politique et restetoujours en usage.

L’imagerie populaire associe la trêve des confiseurs à une période festive, familiale, chaleureuse pendant laquelle, gavés de douceurs sucrées et chocolatées, on songe beaucoup moins à monter au front pour défendre ses causes politiques.

Bien sûr, autour de la table de noël, on mènera tout de même une guerre d’escarmouches avec sa voisine ou son voisin sur les bienfaits du vaccin contre la Covid ou encore les bassesses du programme de Mr Z., étincelles conflictuelles et anecdotiques qui illuminent la trêve des confiseurs en la rendant encore plus douce et belle.

En y réfléchissant bien, « la trêve des confiseurs » est une formule aussi lénifiante que la période sur laquelle elle porte, et même cynique quand on la dénonce chez ses adversaires : « Si la défense de votre cause succombe à la bûche, aux Escargots Lanvin®, et autres Mon chéri®, c’est que votre cause ne méritait pas d’être défendue ! »  in L’art de la guerre, Sun Tzu, Nicolas Machiavel, ouvrage collectif.

Aussi, et puisque les autorités politiques et médiatiques ont décrété la trêve des confiseurs comme l’Eglise la décrétait au Moyen-Âge sur les champs de bataille, « paix aux femmes et aux hommes de bonne volonté », dans L’Evangile selon Saint-Luc qui avait naturellement oublié les femmes…

Ce qui n’empêche pas de fourbir et d’affuter nos armes afin d’être prêts à la fin de la trêve. Si vis pacem, para bellum, « si tu veux la paix, prépare la guerre », locution latine représentant le concept de paix armée.D’autant que sont de plus en plus nombreux ceux qui sortent leur revolver en entendant le mot « culture ».

Alors, soit ! Respectons la trêve, « urbi et orbi », « à la ville et au monde » et toutes ces sortes de choses…

Mais il s’agit bien d’une paix armée au sein d’un environnement agressif : la culture souffre et le théâtre avec elle. Au milieu d’un champ de bataille qui a de plus en plus l’air d’un champ de ruines, elle a totalement disparu des discours des candidats à la présidentielle ou est instrumentalisée à des fins politiques qui ont très peu à voir avec une véritable politique culturelle dans ses aspects émancipateurs, citoyens et démocratiques. 

Le théâtre souffre de son caractère plus ou moins artisanal face à l’industrie. Il souffre du lent délitement du pacte républicain. Il souffre de ses divisions. Il souffre de la Covid 19-20-21. Il souffre de l’inaction. Il souffre de ses postures. Il souffre de ses baronnies. Il souffre de sa partition public/privé dans l’esprit des décideurs. Il souffre de la peur face aux crises multiples qui agitent notre pays. Il souffre des lois sacralisées du marché qui rongent inéluctablement les droits de ses autrices et de ses auteurs qui souffrent avec lui. 

Bref, si nous ne sommes pas « en guerre », nous sommes au moins au cœur d’une crise culturelle majeure : le monde « d’après », c’est maintenant, et il ne semble pas particulièrement porteur de progrès quant on constate le peu d’attentionde nos dirigeants et de beaucoup de nos contemporains sur notre secteur d’activité.

La culture représente pourtant 2,3 % du P.I.B de la France, -environ 100 milliards d’euros-, et 640.000 emplois à titre direct, soit 2.5% de la population active française, 5% du P.I.B et 1,3 millions d’emplois à titre direct et indirect d’après Le Point, chiffres de 2018. Néanmoins, les théâtres et les cinémas étaient fermés quand les grandes chaînes d’hypermarchés du bricolage restaient ouvertes.

Le Conseil d’Etat, suite à une demande en référé initiée par la SACD, à laquelle de nombreuses organisations professionnelles, dont les E.A.T, s’étaient associées, a rappelé que l’accès à la culture était un droit constitutionnel fondamental. Pourtant, les lieux de culte sont restés ouverts, et les lieux de culture fermés pendant de trop longs mois.

Politiquement, le traitement de la culture a lieu à Matignon ou à Bercy : la Rue de Valois pèse bien peu, malgré le travail et la bonne volonté de ses personnels.

Certes, les organisations professionnelles, au prix d’un long combat et d’un travail acharné, ont initié et obtenu des améliorations très perceptibles au sein de cette crise, dont la possibilité pour les auteurs de bénéficier du Fonds National de Solidarité, initialement destiné aux entreprises.

Mais le chantier de la culture dans le monde d’après est immense, et la crise est loin d’être terminée.

Les conséquences pour notre association sont nombreuses, il faut beaucoup de disponibilité, de technicité, et de pugnacité pour tenter d’apporter les réponses pertinentes, sans mettre en péril notre organisation.

Je suis fier de dire que notre maison est bien tenue et a marqué un certain nombre de points grâce au travail collectif de ses élus, des membres du bureau et du conseil d’administration, de ses délégations régionales, de ses salariés et de ses adhérents, soutenu par l’ensemble de ses partenaires.

Les E.A.T, plus pacifiques que pacifistes, ont déployé des trésors de diplomatie et de logistique pour maintenir la plupart de leurs manifestations, élargir leurs financements, structurer leur communication, soutenir les autrices et les auteurs par l’information, la commande d’écriture, le conseil juridique.

Dans un environnement de plus en plus technique, de plus en plus complexe, les E.A.T ont mis à profit cette période difficile pour perfectionner et rationaliser leurs moyens et leurs outils. Si vis pacem, etc, etc. Les E.A.T n’ont plus vingt ans et, presque parvenus à l’âge adulte, ne sont pas désarmés.

Forts de notre union et de nos atouts, lucides sur notre place et nos moyens, comptant sur la mobilisation de chacune et chacun à travers l’adhésion, la fréquentation de nos manifestations, les actions sur le terrain, au sein du CA, du bureau ou de l’équipe salariée, je nous souhaite une année combative et efficace, sitôt achevée la trêve des confiseurs.

Et à chacune et chacun d’entre vous, du fond du cœur, je vous souhaite santé, prospérité, créativité, amour, goût de vivre, et bien sûr un grand désir d’écrire pour le théâtre ! 

Bonne année 2022 !

Vincent Dheygre, président des E.A.T

























 

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