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Billet du mois - Septembre 2021

Billet du mois - Septembre 2021

"Dominée par les aiguilles d’Arve dont la fameuse tête de chat, sorte de sphinx naturel et minéral au regard duquel les souris que nous sommes ne peuvent espérer s’échapper, la commune d’Albiez-MontRond en Maurienne, mille six-cents mètres d’altitude, est le lieu où j’ai tenté de m’isoler du bruit du monde cet été.

Comme beaucoup d’entre nous en « vacances », j’ai néanmoins continué d’écrire, le matin, tôt, au seul bistrot du coin, un vieux bistrot d’antan, le cœur du village, un lieu où tout le monde discute avec tout le monde : un instantané de « la vie d’avant ».
On y parle de foin, beaucoup de météo, des quelques remontées mécaniques de la commune, de la fréquentation estivale. On échange des trucs de potager d’altitude, des recettes de Génépi. Beaucoup d’anciens renoncent, mais investir dans les pâturages d’été pour faire le Beaufort et son goût inimitable semble encore une solution viable pour valoriser les alpages.


Hélas : malgré l’altitude et la hauteur des montagnes alentour, certains échos du monde ont réussi à franchir les Alpes et à résonner entre les murs du bistrot savoyard. Comme les éléphants d’Hannibal dans une fabrique de porcelaine, sans s’embarrasser de précautions, ils sont venus régulièrement piétiner toute forme d’acquis, de certitude ou de prêt-à-penser.


Ils ont pour nom « Covid » et « réchauffement climatique ». Ils renversent tout sur leur passage et s’invitent dans toutes les conversations. Ils interrogent nos automatismes, agissent sur l’ensemble de nos activités économiques, familiales, spirituelles… Ils jouent sur la gamme complète de nos émotions fondamentales.

Face à ces périls, l’animal en nous n’a que peu de choix : fuir, rester immobile, ou faire face. Mais dans ces domaines, la fuite est vaine (fuir pour aller où ?) et la frontière entre immobilisme et sidération est poreuse : faire le dos rond, serrer les dents, en attendant des jours meilleurs ou en espérant passer entre les gouttes n’est pas viable sur le long terme.

Alors agir. Dépasser l’instinct, tenter la raison. Se défier des biais cognitifs propres à l’interprétation des statistiques afin d’appréhender au mieux le risque. Cultiver le doute éthique. Chercher l’équilibre entre utopie et pragmatisme, entre l’individuel et le collectif. Distinguer la posture et le verbe (même bien incarné), d’avec l’agir. Croire que tout est possible mais privilégier le vraisemblable. Apprendre de l’erreur sans être inhibé par elle. Agir vite mais pas précipitamment. Rester humble, lucide, mais confiant sur ses capacités à agir, construire, progresser. Affirmer, parfois contre vents et marées, qu’une vie en vaut une autre. Se souvenir que les grands cataclysmes impactent d’abord les plus fragiles et les plus faibles.


Et continuer de croire au groupe, au collectif, à ce qui nous rassemble, conjuguer sans cesse le « nous » et le « je », répondre à l’urgence et construire jour après jour, par petit ou grand pas selon ce nos jambes nous permettent, l’avenir.
Voilà le programme de rentrée que je nous souhaite : combativité, bienveillance envers les humains, soif d’agir. Redescendre dans la vallée, ressentir la force et la chaleur du groupe, préparer aussitôt la prochaine ascension, malgré les contraintes, malgré les masques, les tests et les passes.

Prochain bivouac au camp de base mercredi 8 septembre à la Maison des Auteurs, venez nombreux, si possible à pied, à vélo, ou en trottinette pour les plus aventureux ! "

 

Vincent Dheygre, président des Écrivains Associés du Théâtre

 

 

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