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Le billet du mois par Gabriel de Richaud

 

LE BILLET - DÉCEMBRE 2019

 

 

Il y a eu cette photo. Cette photo qui m’a tant fait rire. Juste une photo et j’allais dire seulement une photo. C’était, il y a dix jours à Grenoble, à ce riche colloque international sur l’enseignement du théâtre organisé par Marie Bernanoce, notre chère collègue aux EAT. C’était le mercredi, un jour avant ma communication sur un retour d’expérience, en fin d’après-midi. Tout le monde était là en salle plénière, nous découvrions gentiment certains apports des neurosciences sur le jeu théâtral quand le tour de Sandrine Eschenauer, maître de conférence à l’université d’Aix-Marseille arriva. C’est là qu’apparut cette photo : on y voit des enfants faire des acrobaties pas évidentes dont un qui marche sur les mains et un autre qui se lance courageusement sur une seule ! Rien de plus. La légende de cette photo : COURS D’ALLEMAND ! Stupéfaction et rires dans la salle avec son lot de bonnes blagues : « Dis donc ça devient balèze d’apprendre l’Allemand ! ». En effet, on pourrait le croire mais c’est bien exactement l’inverse qu’explique Sandrine Eschenauer dans son intervention remarquable.

L’objectif de cette chercheuse, encore en cours de thèse, est d’accompagner les enseignants comme les élèves dans le développement de leur potentiel créatif, au cœur du langage et de la nature humaine apprenante. Dans son étude intitulée « Médiations : langages et empathie », elle s’intéresse plus particulièrement au phénomène de « translangageance » observé au travers « d’une pédagogie énactive basée sur la pratique théâtrale dans l’enseignement conjoint de deux langues vivantes étrangères en milieu plurilingue ». Oups ! cher lecteur/auteur, c’est beaucoup de mots compliqués pour moi, je trouve ! Passons sur « translangageance », on comprendra facilement quand on aura expliqué cet autre mot bizarre : « ENACTIVE ». Peut-être d’ailleurs, crois-tu (comme je le croyais moi aussi) qu’il y a là une faute de frappe et qu’en réalité c’est pédagogie ACTIVE (terme qu’on retrouve partout !). Mais non ! « Énactive » existe ! Il vient d’Énaction qui est un terme proposé par Francisco Varela (neurobiologiste et philosophe chilien) pour désigner un nouveau paradigme de la cognition basé non pas sur la métaphore de l’ordinateur, mais sur celle des organismes vivants. La notion d'énaction est une façon de concevoir la cognition en mettant l'accent sur la manière dont les organismes et esprits humains s'organisent eux-mêmes en interaction avec l’environnement. En bref, et comme nous le dit si clairement cette fameuse photo, on comprend que les chercheurs se tournent de plus en plus vers le corps et les émotions lorsqu’ils veulent expliquer les processus cognitifs comme l’apprentissage et le langage, et, finalement, la plupart d’autres processus.

Le corps et les émotions !

N’est-ce pas ce que nous, autrices et auteurs, savions déjà finalement ? Car, que faisons-nous d’autres que de parler à des corps parlants ? Nous parlons à des actrices et des acteurs, à leur corps, à leurs émotions enfouies, mais nous parlons aussi et surtout aux corps des spectatrices et des spectateurs avides d’idéaux, d’émotions et de récits. Ces corps parlent à leur manière, parfois à travers leurs désirs, parfois de façon symptomatique (maladies psychiques et/ou physiologiques) et, souvent, à travers les émotions qu’ils traversent. Nous voyons et découvrons à travers les neurosciences notamment que l’imagination est au cœur de tout processus cognitif et que cette imagination est directement « branchée » sur le corps et ses émotions.

Nous, autrices et auteurs, nous travaillons depuis des siècles, exactement là, dans cet endroit intime, fragile et précieux, enfoui tout au fond de l’homme, et que les recherches les plus contemporaines et les plus technologiques tentent lentement et péniblement de mettre au jour. Nous sommes, autrices et auteurs de théâtre, au plus juste, au plus près de l’homme, dans une activité d’écriture, que nous savons trop peu reconnue, trop peu rémunérée, nous le vivons tous les jours. Que ces recherches scientifiques nous encouragent vraiment, individuellement et collectivement, et finissent par montrer au plus grand nombre (notamment aux décideurs et décideuses politiques) le nécessaire de notre profession au sein de la cité !

En d’autres termes : poursuivons notre œuvre en confiance, écrivons, et défendons fermement nos droits !

 

GABRIEL DE RICHAUD
Secrétaire des Écrivains Associés du Théâtre

 

 

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