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Le mot du président - Vincent Dheygre

Pour la seconde fois en huit mois, le rideau est tombé sur toutes les scènes françaises.
 
Il ne m’appartient pas de me prononcer sur la pertinence de la stratégie gouvernementale de lutte contre le SARS-CoV-2. Des erreurs ont bien sûr été commises mais l’heure est à l’union nationale. Gardons néanmoins en tête que l’heure de l’examen des comptes par le peuple viendra, de toutes façons, en espérant qu’elle s’exprimera pacifiquement dans le respect du débat démocratique.
 
Surtout, la Covid 19 a révélé l’état de délabrement de nombreux services publics pour cause de néo-libéralisme dogmatique : dans ce domaine également, il sera nécessaire de réévaluer à cette aune l’ensemble des décisions politiques prises pendant les vingt dernières années.
Quoiqu’il en soit, la seconde vague est là, plus forte que la première, et on nous annonce passer de la gestion de la pénurie à la médecine de catastrophe : une médecine qui décidera bientôt sur le front des services de réanimation qui vivra et qui succombera.
 
Aussi mes pensées, en m’adressant à vous, vont d’abord et encore à ceux d’entre vous, de plus en plus nombreux, touchés ou dont les proches ont été touchés, par la maladie. Ces luttes-là –je le sais pour en porter les mauvaises traces dans le corps et l’esprit—sont les plus importantes, les plus douloureuses et les plus difficiles. Que notre association, par les temps qui courent, soit un havre de solidarité et de réconfort pour l’ensemble de ses adhérents, est mon vœu le plus cher.
Ensuite, je tenais à vous informer que l’ensemble des élus de l’association sont au travail, et se battent au quotidien pour porter nos voix dans les institutions, vous informer au mieux sur les aides possibles, et atténuer autant qu’il nous est possible les effets les plus dévastateurs de cette crise sanitaire et économique. A ces fins, mon téléphone est toujours ouvert.
 
Enfin, rappeler que le montant des aides dédiées à la culture représente 0.5 % du montant des aides à l’aéronautique, ce qui symbolise assez la place accordée actuellement au secteur culturel dans la pensée présidentielle : elle est très faible. Certes, le gouvernement gère une crise particulièrement complexe. Mais sacrifier la culture dans cette crise est une erreur qui sera très lourde de conséquences. Conséquences économiques, d’abord, pour le pays tout entier, mais aussi conséquences sociales à moyen et long terme qui mettent à mal la communauté de destin du peuple français dans toutes ses composantes, et le contrat social qui en découle. Le dernier courrier signé par les EAT était un appel à garder ouvertes les librairies au titre de commerce de première nécessité.
 
Au sein du secteur culturel, le spectacle vivant, par nature, est au feu et en première ligne. Le combat contre le virus va être long, d’autant que les autrices et les auteurs dramatiques sont les fantassins les plus exposés aux impacts économiques, ne bénéficiant d’aucune protection contre la perte d’activité.
Mais contrairement à nos partenaires du spectacle, comédiennes et comédiens, metteuses et metteurs en scène, techniciennes et techniciens, et aussi les fonctions « support » du spectacle, qui ont besoin d’un plateau en état de marche pour exercer leurs métiers, nous disposons, nous, autrices et auteurs, d’un outil formidable : nous n’avons besoin pour écrire que d’un stylo.
 
Ecrire en toutes circonstances. Ecrire pour crier, alerter, rire, pleurer, agir, penser, divertir, secourir. Ecrire un mot, une ligne, un poème, une page, un chapitre, une pièce, un roman. Ecrire avec de l’encre ou des électrons, sur du papier, sur un écran, ou sur un mur. Ecrire, unis et solidaires.
Pour reprendre la devise d’un célèbre palmipède hebdomadaire, « la liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas » : cette liberté-là, la liberté de la pointe du crayon ou du stylo, est pour nous autrices et auteurs de théâtre, une des libertés les plus précieuses.
 
Alors, chères consœurs, chers confrères, pendant ce nouveau confinement, prenez soin de vous : écrivez !
 
Vincent Dheygre, président des Ecrivains Associés du Théâtre.

 

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