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Édito du mois de juin

Depuis toujours je travaille sur le cri
Du cri primal au dernier souffle
Le cri écrit
Le cri la vie
Au théâtre la confidence
le silence même
sont des cris
Le cri parce qu’il saisit
Non pas partant de l’intérieur
C’est le dehors qui saisit le dedans
provoque focalise 
impulse amour ou révolte
souvent les deux ensemble
comme l’air entrant dans les poumons du nouveau-né invente la respiration et brûle
Le cri ouvre au monde
Je dois continuer
Chaque cri élargit
Etre au monde c’est cela
Ouvrir scruter vibrer
Le monde par un curieux retour de bâton cherche à faire taire
en mettre plein la bouche
gaver
rendre dodu
Le monde nous colle une tétine
Il nous faut cracher 
comme crier
comme créer
Nos éCRIts sont mal foutus
tant mieux
bruts dérangeants
parfait
troués bizarres
très bien
questionnants énigmatiques
allons-y
J’aime intervenir dans le monde scolaire
donner aux élèves l’espace du cri
vie confidence silence
J’y suis poli souriant avenant
Ce que nous avons à transmettre est autrement subversif

Bruno Allain

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Édito du mois de mai

Ce fut un grand honneur de participer au comité de lecture tout public des Écrivaines et Écrivains Associés du Théâtre en tant que lectrice pendant 5 ans et de le présider durant ces deux dernières années. Un grand honneur qui allait bien sûr avec une grande responsabilité vis-à-vis des auteurs et autrices qui nous avaient confié leurs textes.
La lecture d’une pièce de théâtre est par nature très subjective. Aucun comité ne peut garantir qu’il va repérer tous les textes « remarquables », certains passeront toujours entre les mailles du filet…
Avec seulement deux lecteur.ices à chaque étape, un texte peut avoir la malchance de tomber sur deux personnes qui ne l’apprécieront pas, alors que la majorité l’aurait trouvé intéressant. Nous n’avons pas trouvé mieux, néanmoins, pour l’instant, que ce système en entonnoir.
La grande question qui se pose chaque année au moment de l’appel à textes (et à laquelle chaque président.e apporte la réponse qu’il souhaite) est de savoir si on limite ou non le nombre de textes acceptés. Pour ma part, j’étais contre : il n’y a déjà qu’une seule journée par an pour soumettre un texte et il faudrait en plus que les auteur.rices envoient leur message à 12h pile, sachant qu’à 12h14 environ le quota de 100 textes serait déjà atteint…
La contrepartie de cette décision a été cette année de devoir prendre en charge 344 textes, et ce malgré un budget en baisse. Et pourtant, je ne le regrette pas. On a toujours peur de passer à côté d’un chef-d’oeuvre, mais c’est pour moi encore plus vrai quand c’est seulement la capacité de l’auteur.ice à envoyer son texte dans un laps de temps réduit qui est décisive.
Je remercie de tout cœur l’équipe des lecteur.ices pour le temps qu’elle a consacré à ces nombreux textes, ainsi que pour son dévouement, son sérieux, sa bonne humeur et pour la qualité de nos échanges.
Et je souhaite longue vie à nos comités de lecture (tout public et jeunesse) !


Ève-Marie Bouché
Présidente du comité de lecture tout public des E.A.T

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Édito du mois d’avril

Que veut dire croire au théâtre aujourd’hui ? Que veut dire écrire pour le théâtre aujourd’hui ?
Que veut dire enseigner l’écriture dramatique aujourd’hui ?
Autant de questions que je pose chaque année depuis deux ans, lors de la journée consacrée à l’université de Toulouse au prix Prémices, prix d’écriture dramatique que j’ai fondé aux éditions Domens en 2021 à l’attention des étudiantes et étudiants du monde entier qui écrivent du théâtre en langue française. Même si les textes dramatiques actuels ne sont pas assez présents sur les scènes, même si on préfère aux auteurs vivants les auteurs morts, ce dont je suis convaincue, c’est que le texte de théâtre n’a pas atteint sa date de péremption. Il existe un vaste matrimoine ou patrimoine de pièces dans lesquelles toute compagnie peut puiser. Et il n’y a pas d’un côté la scène (qui exclut le texte) et de l’autre côté le texte (qui relève de la littérature). Non, car le texte de théâtre a quelque chose de plus que le roman, il est porteur de puissance : comme le poème, il déconstruit, il subvertit, et surtout il est entièrement tendu vers l’autre, il n’existe que par sa capacité d’adresse. Par son rapport à la parole, à l’espace, au silence, il nous plonge en plein mystère, en plein questionnement. C’est pourquoi, quand j’enseigne l’écriture théâtrale en atelier, il s’agit d’abord de déconstruire les représentations que nous avons du théâtre, comme lieu de mimesis de la réalité, ou comme mythe spontanéiste de l’expressivité (on écrit comme on parle, c’est facile et c’est du théâtre). C’est pourquoi les notions négatives, qui depuis longtemps servent à qualifier l’art théâtral, nous sont d’un grand secours. Sans elles, il n’y aurait pas de théâtre, comme l’ont souligné les théoriciens de la voie négative, tels l’artiste et pédagogue Jerzy Grotowski dans les années 70, ou aujourd’hui Valère Novarina, avec lequel, souvent, je travaille. Quand on écrit du théâtre, on commence d’abord à écrire contre le théâtre. Ensuite, on écrit contre le roman. la question n’étant pas « qu’est-ce que je vais raconter ? » mais : « qu’est-ce que je vais taire ? ». À toutes les étapes du travail, produire un texte c’est être capable de s’inscrire dans la ligne de partage du dit et du non dit, du dicible et du non dicible. Sans cette tension entre le dit et le silence, entre moi et l’autre, il n’y a pas de théâtre. La parole surgit dans un espace qui n’est pas innocent : l’espace éphémère d’une communauté, qui se trouve au même endroit le temps d’une représentation. De cette fonction sociale du théâtre, on ne peut jamais faire abstraction, car l’être-là, l’être-ensemble fugitif de la représentation, on ne le trouve ni au cinéma, ni dans son canapé face à Netflix.
Dans un de mes essais, où toujours j’explore les liens entre philosophie et théâtre, entre discours mystique et théâtre, j’ai inventé l’idée d’une « parole trouée ». Ce n’est pas seulement le texte de théâtre, mais notre parole, qui est trouée : au théâtre on fait l’expérience de l’altérité dans la langue, dans sa propre langue ressentie comme étrangère. Mais on fait aussi l’expérience de l’altérité à soi-même en proférant la parole théâtrale. Une expérience unique, que peu de monde a la chance de connaître, c’est comme une expérience de passage, une expérience d’initiation. Au plateau, on traverse un espace qu’on ne peut traverser nulle part ailleurs.


Lydie Parisse

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Édito du mois de mars

25 ! Le Syndicat National de l’Édition (SNE) vient de révéler ce chiffre frappant : 25% du chiffre d’affaires de l’édition reviendrait aux auteurs – l’éditeur ne disposerait pour sa part, une fois ses coûts directs assumés, que de 18 % de ce chiffre d’affaires. Le livre profiterait donc davantage aux auteurs qu’aux éditeurs ?
Ce pourcentage, choquant pour les auteurs, est le fruit d’une étude récente commanditée par le SNE lui-même et s’appuyant principalement sur les données fournies par les groupes éditoriaux dominant le marché français, Hachette, Editis, Madrigall, Media Participations, et par quelques maisons de taille moyenne. L’ambition de l’étude est de donner un éclairage sur la réalité de l’économie de l’édition.
Mais qui dit éclairage – et les gens de théâtre le savent d’expérience – dit choix de ce que l’on veut éclairer, et de ce que l’on prend soin de laisser dans l’ombre. L’étude, d’emblée, écarte une donnée pourtant essentielle : les grands groupes éditoriaux s’appuient sur des outils de diffusion/distribution qui, grâce à la circulation aller-retour des livres entre éditeur et libraires, sont une source de profits substantiels. Pourquoi laisser croire que la situation d’un grand groupe éditorial est la même que celle d’un petit éditeur indépendant, dépendant lui du contrat qu’il va signer avec un groupe puissant pour assurer la diffusion/distribution de ses livres ?
Alors que les auteurs peinent à imposer dans leurs contrats d’édition le chiffre 10 comme taux de rémunération proportionnelle sur le prix public hors taxe de chaque ouvrage vendu, brandir ce chiffre de 25, c’est faire comme s’il correspondait à la réalité vécue par l’immense majorité des auteurs de livres. Or cette réalité là, on la connaît. Elle est documentée depuis 2015 grâce à une étude du ministère de la Culture. Quelques mots la résument : fragilité économique, précarisation croissante.
L’étude du SNE affiche un contre-chiffre pour marquer les esprits – ceux de nos élus ? ceux des nouveaux arrivés à la tête du ministère de la Culture ? Elle ne saurait mettre un terme à la discussion plus que jamais nécessaire sur le partage de la valeur.

Christophe Hardy
Président de la SGDL (Société des Gens De Lettres)

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Édito du mois de février

on ne peut pas écrire « du théâtre »
on écrit pour le théâtre, en sa direction ; l’auteur, le corps de l’auteur (il n’est que ça) est tendu vers. il fantasme le corps et le souffle des comédiens qui joueront ses mots, c’est un truc sensuel l’écriture en vrai
un truc de langue, de corps, un truc à trous aussi. surtout.
quéquidit ? 
si tu remplis tous les trous, Don Juan, y’aura plus d’ place ! Plus d’ place pour rien ! Plus d’ place aux imaginaires ! racle à l’os ! dis pas tout ! fais pas ta tête à claque, Mr-Je-Sais-Tout ! le metteur-en-scène va vouloir venir mettre son petit drapeau sur ton œuvre, jouer au plus malin (il faut qu’il tienne le navire, pardi !). lui — le pauvre — joue à la marelle dans tes flaques — entre tous tes trous — il met de l’ordre et ajoute les siens. des trous dans des trous, un abîme sidéral et sidérant — règle capitoche — pour que le public dédaigne Netflix. (on dit que la téloche c’est vide, mais non, c’est confortablement plein la téloche — jamais de surprise) 
la liberté de l’acteur. la seule chose qui vaille. aimer d’amour nos faiseurs de Présent — nos alchimistes du Verbe — leur permettre la Liberté Libre. les vouloir libres dans nos silences, les laisser les remplir — non pas de nos Belles Lettres, mais de leur vie, de leur sueur, de leurs échecs, de leurs espoirs. de leur peau qui frissonne dans nos trous, de tout ce que nous ne serons jamais plus. 
à nos acteurs, et nos actrices tellement — nos jongleurs d’abîme : Merci putain. 

Alan Payon, Auteur, interprète, marionnettiste
Autre chose est possible

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Les vœux de Vincent Dheygre, président des E.A.T

Chères adhérentes, chers adhérents, écrivaines et écrivains, amoureuses et amoureux du théâtre, l’année 2023, pour les Écrivaines et Écrivains Associés du Théâtre, a été particulièrement riche, tant par le nombre de ses manifestations artistiques, culturelles et éducatives, que dans ses actions de défense du droit d’auteur, du « statut » et des droits sociaux des auteurs et autrices. Mais la médaille du mérite que nous pouvons nous attribuer sans rougir comporte, comme toute médaille, deux côtés.

Côté face, plus d’un millier d’élèves sur une trentaine d’ateliers, et une quarantaine de professeurs de l’éducation nationale ont bénéficié de votre savoir-faire en la matière, nos manifestations publiques tant au niveau national qu’au niveau des délégations ont généré plus d’une centaine de dates (presque un jour sur trois dans l’année !), plusieurs dizaines de nos adhérentes et adhérents ont travaillé et ont été rémunérés grâce aux E.A.T.
Parmi toutes ces manifestations, Les Jeudis Midis, Constellations, Texto’Mino, Première Approche à la Chartreuse, Place aux auteurs avec AF&C, Lundi en coulisse, Question(s) de Théâtre, l’Apéro interpro, du Théâtre au musée, les Inédits de Cahors, Amorce(s), les Chemins de tolérance, l’Été en automne, le Printemps en automne en Méditerranée, le festival de la Velouze, la Folle journée des Auteurs, les Passeurs d’histoire, pour n’en citer que quelques-unes, ont été initiées ou soutenues par les E.A.T, ainsi que nombre de conférences, de tables rondes, de formations, d’ateliers de mutualisation, de permanences informatives, d’analyses et de conseils juridiques, fiscaux, et administratifs. Les lectrices et lecteurs des comités de lecture des E.A.T, quant à eux, ont lu plusieurs centaines de textes.

Les E.A.T, pour la première fois de leur histoire, ont pu dégager un budget suffisant pour deux salariées à temps plein. Leur apport à notre association est considérable et indispensable : qu’elles en soient ici remerciées. Est indispensable également l’apport des membres du bureau et de tous les bénévoles de l’association, et, au nom des E.A.T, je les en remercie chaleureusement.
Au chapitre syndical, la mission de représentativité de tous les artistes-auteurs de France et particulièrement celle des autrices et auteurs dramatiques, confirmée par arrêté ministériel après une enquête du Ministère de la Culture et du Ministère du Travail, a été menée à travers près de deux cents heures de réunion avec nos partenaires. Ainsi, les E.A.T financés par la SACD, la SOFIA, la Fondation du Crédit Mutuel, la DGCA, le CNL, épaulés par la SGDL, le SNAC, l’ATLF, le SNMS, l’AAFA, ont défendu les autrices et les auteurs à travers différents mandats : membre de la coalition française pour la diversité culturelle, vice-président du CPE, membre titulaire du Conseil d’administration de la Sécurité Sociale des Artistes-Auteurs (SS2A) et de la Commission d’Action sociale de cette même SS2A, membre du conseil de l’AFDAS, auquel s’ajoute, plus récemment, un mandat nominatif au conseil d’administration du RACD. Une interview de deux pages dans le bimestriel La Scène portant sur les E.A.T a été publiée.
Au total et sur une seule année, ce sont plusieurs milliers d’heures d’activité déployées par les E.A.T.
Les résultats de cette activité intense sont perceptibles dans tous nos rendez-vous en termes de légitimité, de visibilité et de représentativité.

Néanmoins, côté pile, l’appareil surchauffe, la fatigue et parfois la lassitude des équipes est grande, la gestion administrative et financière des E.A.T est de plus en plus exigeante, et a souffert cette année de la surcharge de travail de l’équipe, d’autant que des nuages se profilent à l’horizon de nos financements. La relève à la direction des E.A.T ne s’est pas encore signalée et c’est une source importante d’inquiétude et de stress. Le projet de recrutement d’un administrateur a dû être abandonné. En 2024, nous allons devoir impérativement réduire notre activité et nos dépenses, sous peine de creuser un déficit structurel dans nos comptes. L’âge moyen de l’ensemble de nos adhérentes et adhérents augmente d’année en année. Certaines et certains d’entre vous considèrent l’adhésion à la SACD inutile, ce qui est une erreur à titre individuel, et entraine une baisse mécanique de nos financements à titre collectif.

Chères adhérentes, chers adhérents, demain, plus que jamais, nous avons besoin de vous. Nous avons assurément besoin de vos adhésions et de vos dons, mais également de votre bienveillance, de vos idées, de vos projets, de vos coups de gueules et de vos encouragements, de votre force et de votre volonté, de votre combativité, de vos paroles et de vos écrits, de votre désir de faire connaitre notre belle organisation. Les E.A.T, c’est la possibilité offerte à toutes et tous d’agir collectivement sur les conditions d’exercice et de rémunération de nos métiers, de ne pas rester seul face à la page blanche, aux partenaires indélicats, à l’indifférence ou l’incompréhension de certaines collectivités, à la dureté de l’époque, du pays, et du monde. C’est la possibilité de peser sur le débat public et d’affirmer la place prépondérante, essentielle, de la culture dans notre pays. C’est la possibilité d’agora, intimement liée à l’histoire du théâtre européen.
Assurément, les sujets d’actualité dépassent de très loin les préoccupations professionnelles des E.A.T. Le bruit du monde s’amplifie, partout les démocraties sont attaquées et cèdent du terrain aux régimes dictatoriaux, tant en dehors qu’à l’intérieur de nos frontières. Les valeurs à portée universelle sont quotidiennement bafouées, moquées, de plus en plus oubliées. La stratégie du chaos fait des émules, à la pendule de l’apocalypse il est vingt-trois heures cinquante-huit.
Mais je suis intimement persuadé que chacune et chacun porte en lui la part d’humanité suffisante et nécessaire afin de dépasser tôt ou tard les clivages stériles, les tentations agressives, les outrances verbales, la morale punitive, la compréhension binaire. Quels sont les moyens disponibles pour remettre l’homme au cœur de tous les systèmes ? Et bien, il me semble qu’il y a – entre autres – le théâtre, qu’au début du théâtre se trouve les autrices et les auteurs, et que pour les associer, il y a les E.A.T.

Chères adhérentes et chers adhérents, je vous souhaite à toutes et tous une année 2024 riche en théâtre, en écriture, et en humanité. Avec les E.A.T.

Vincent Dheygre, président.

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Édito du mois de décembre : Au-delà de la consolation, l’agir

Comment prendre la plume alors que chaque jour j’entends le décompte des enfants morts sous les bombes de Gaza, quand je vois les images des enfants dans les canots pneumatiques, quand je croise des jeunes hébergés au centre voisin et qui marchent sur le bord de la route ? Enfants, adolescents, jetés sur le côté et qui cherchent à survivre avant de vivre, qui cherchent l’eau, qui cherchent l’abri. Et ceux qu’on a volés à leurs parents pour les former à les tuer… Tous incarnent pourtant la force qui marche, la force du grandir malgré tout. Cette résistance à l’épreuve, l’incroyable possibilité de la résilience, porte les artistes qui se sont emparés du thème de la guerre et qui s’adressent aux enfants, aux jeunes qui ont accès soit à la lecture, soit à la représentation du théâtre. Les auteurs n’imposent rien, ils invitent dans une dramaturgie de l’intermittence – entre ce qui est montrable et ce qui est raconté – à être sensible au réel du monde. Idéalistes, ils espèrent que l’art éveille les consciences, rend saillant ce que les yeux ne veulent pas regarder.
Les artistes trouvent les moyens de la juste distance, les habiles poésies du détour, les fins heureuses qui rassurent. Pourtant, ils créent aussi des personnages qui s’adressent frontalement au spectateur, qui l’invitent à interroger sa responsabilité, qui interpellent les adultes assis auprès des enfants. Déjà, en 1967, Liliane Atlan dans Monsieur Fugue ou le Mal de terre mettait en scène des enfants pris dans la guerre qui imaginaient la vie qu’ils n’auraient pas en rêvant dans le camion qui les conduisait vers le lieu de leur exécution. Elle disait : j’ai écrit « pour consoler des enfants morts ». Le théâtre n’est-il qu’un acte de consolation ou bien encore un lieu de résistance ? Aborder des sujets aussi graves par le détour est bien davantage un acte de dire au présent, une parole qui s’élève pour sensibiliser, condamner, et questionner. Chaque texte qui ose aborder les sujets que certains censurent sont les objets pacifistes d’un engagement certain. Même s’ils mettent en scène des enfants qui jouent au milieu du désastre, ils affirment que le théâtre reste un lieu de résistance malgré tout.

Françoise Heulot-Petit
Autrice de Dramaturgies de la guerre pour le jeune public. Vers une résilience espérée, éditions Peter Lang, collection « Recherche comparatives sur les livres et le multimédia d’enfance », n°11, Bruxelles, 2020.
Vice-Présidente déléguée à la réussite étudiante
Maître de Conférences HDR en Arts du Spectacle
Membre de « Textes et Cultures » (EA 4028)
Université d’Artois (9, rue du Temple à Arras)

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Edito du mois d’octobre

J’écris, tu écris, il, elle écrit, nous écrivons, vous écrivent, ils, elles écrivent…

Enfant, je ne savais pas que les femmes écrivaient, croix de bois, croix de fer…

Introuvables, dans mes livres d’école, que des gars, des gars, des gars: Voltaire, Montesquieu, Michel Tournier, Hervé Bazin, Georges Orwell, Ray Bradbury…

J’arrête là, sinon on y est encore demain. Aucune demoiselle, pardon, meuf, à l’horizon alors j’ai essayé de m’identifier à Balzac, Hector Malot, j’ai même mis une très grosse, fausse moustache, Céline, le gars Mort à crédit mais ça ne collait pas. Je sais pas si c’est pour ça que je n’aimais pas lire, que je n’avais jamais pensé au grand jamais, écrire une ligne, mais j’ai multiplié les zéros au collège et puis un jour, d’un coup de Mistral, le théâtre est entré dans ma vie en cours de français, mais ça a continué, j’ai joué des rôles, écrits par des gars, des gars, supers kiffants, mais, des gars : Alfred, Arthur, Botho, Victor, Jean-Baptiste, c’était dingue, c’était eux qui savaient les femmes qui les faisaient parler, bouger, aimer, manger, pisser… Puis vînt le second jour de ma vie, la metteuse en scène Alexandra Tobelaim fait la commande d’un texte à Catherine Zambon.

Une femme avec un stylo, pardon son ordi, débarque au théâtre et ses mots déposés à nos pieds, c’était même pas Noël, du côté de Montluçon.

À la fin du repas, même si ce n’était pas encore la saison, cerise sur le gâteau, elle me dit qu’elle était actrice ! Juste sentir, savoir de quoi on parle, c’est étrange combien c’est pas compliqué à comprendre… Alors, oui, on a le droit ? Merci mille fois Cathy, Marguerite, Angelica, Murielle, Isabel, Dominique, Marie, Léonore, Flor, Sarah, Marjorie, Mona, Nathalie, Lydie, Lou…

J’arrête là, sinon on y est encore demain, j’aurais aimé vous ouvrir plutôt, tellement plutôt (petite, j’en aurais tellement gagné des trésors !) À la fin de la récré, par exemple ou pendant le quart d’heure lecture avant la sonnerie, ou même juste dans un tout petit rayon de la bibli

Je ne vais pas m’arrêter là, justement pour que vous y soyez encore, là, demain et après demain même si faut y aller à coups de tractopelles pour en déterrer certaines, enfin juste les rendre visibles car : oui, oui, elle étaient bien là, ces autrices, écrivaines, et non, non, rien de rien, je ne regrette rien, Edith, mais fort malheureusement comme tu n’as pas changé, Gulio, et que tu en mets du temps, c’est ouf ! Je vais m’en aller, en tant que chargée de mission, faire un tour accompagnée de notre cher président du côté de celles et ceux qui écrivent les programmes de notre éducation nationale !

Vive la rentrée !

Flore Grimaud, Chargée de mission parité / lutte contre les discriminations sexistes

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