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Édito de juillet 2026 : Vivre au présent

Nous quittons Kyiv. Nous roulons vite et nous parlons peu. Au bord des routes, les villages dévastés nous accueillent avec leurs cimetières, leurs drapeaux et leurs parterres de fleurs. Passé les points de contrôle, nous empruntons une route protégée par des filets anti drone, mouchetés d’oiseaux morts.
Bienvenue à Kherson. Dans les rues désertes, les chiens errants viennent vers nous. Les écoles sont fermées, il n’y a plus d’électricité. Mais sous la terre, les enfants sont là. Ils nous attendent. Ils vivent, ils vont en classe et ils coécrivent une histoire avec un groupe d’enfants d’Avignon. C’est aux enfants de Kherson que j’ai remis en main propre les pages que nous avons écrites à Avignon. Les enfants de Kherson rédigeront le dernier chapitre d’un livre, dont l’édition bilingue paraitra en novembre… En temps de guerre, écrire permet à l’imaginaire de s’échapper. On suspend ses angoisses le temps d’une lecture. Les bibliothèques sont détruites, mais pas la volonté de lire. L’école est en ruine, mais pas le désir d’apprendre. Et si les Russes ont bombardé le théâtre, ils n’ont pas détruit le spectacle, ils ne l’auront pas ! À Kherson, ceux qui résistent vont au théâtre parce que le théâtre, c’est la vie. Il est donc vital d’y aller, de s’y rassembler, de s’y retrouver, de s’y émouvoir. Il est vital de rire et de pleurer, de communier les yeux rougis dans ce lieu où s’exerce une incroyable résistance. Ici, le spectacle est vivant. Plus vivant que jamais. Sous la terre, le générateur électrique fonctionne et le public est là. La représentation va pouvoir commencer, elle parle de déportations d’enfants. L’instant est grave, précieux, lumineux et rare. La grâce frôle chacun d’entre nous. Tant pis pour le reste !

Anne Houdy, autrice E.A.T

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